Pour tenter de comprendre l'engouement qu'a toujours suscité Capri, perle de la Méditerranée, il faut s'y rendre à bord de l'un des ferries qui, tous les vendredis aprèsmidi, de mai à septembre, quittent Naples, depuis le môle Beverello, en direction de l'île. Accoudés au bastingage, les hommes bavardent gaiement sur leur téléphone portable dernier cri avec leurs amis moins chanceux, retenus au travail à Naples, à Rome ou à Milan. Les femmes de la grande bourgeoisie ou de l'aristocratie italiennes affichent un look qui rappelle celui de la Jackie Kennedy des années 50: pantalon en coton style pêcheur, sandales à talon plat ou espadrilles à semelle de corde et haut pastel. Seules concessions à l'esprit du temps: le sac à main Gucci ou Prada et les lunettes de soleil Versace ou Fendi. Quelques bijoux de corail ou de turquoises soulignent le caractère décidément estival de cette tenue de villégiature.
les «étrangers». D'abord des Allemands, des Français, des Anglais et des Suédois, puis des Russes et enfin des Américains qui l'élevèrent au rang de seconde patrie. Des personnalités célèbres et des gens moins connus choisirent d'en faire le théâtre de leurs aventures et d'y laisser libre cours à leur créativité; certains décidèrent même qu'elle abriterait leur repos éternel...
Des multiples villas qui furent construites au fil des siècles, trois au moins sont des réussites architecturales. La première, la villa San Michele d'Axel Munthe, est construite sur les fondations d'une habitation remontant à l'Antiquité romaine. Vers la fin du XIXe siècle, le médecin suédois jette son dévolu sur la petite ville d'Anacapri, plus retirée et plus sauvage. Cet ami infime de la reine de Suède Victoria von Baden passera plus de cinquante années de sa vie sur l'île dont il aimait pardessus tout la lumière. Sa demeure, palais aristocratique orné d'arcades, colonnes et patios fleuris où abondent les glycines et les jasmins, abrite basreliefs et œuvres d'art anciennes. Le maître de maison aimait d'ailleurs faire admirer sa collection à ses prestigieux invités: Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke, ou la marquise Anna Luisa Casati Stampa, dont Peggy Guggenheim raconte qu'elle déambulait sur l'île accompagnée d'un léopard et se rendait à dîner chez ses amis avec un serpent enroulé au poignet en guise de bracelet... Une maladie des yeux obligera Axel Munthe à déménager, en 1918, pour une maison plus ombragée, Torre Materita. Celleci, propriété actuelle du Pdg de la société Tod's Diego Della Valle, est en cours de restauration.
Autre villa remarquable, celle de Malaparte le long de la via Pizzolungo. A la fin des années 30, l'écrivain et journaliste commanda à l'architecte rationaliste Adalberto Libera, une maison à son image. Résultat: une construction tout à fait originale qui se dresse sur le promontoire rocheux de Capo Masullo. Cette demeure de conception nouvelle, couleur rouge pompéien, possède un toit en étagement qui s'intègre parfaitement aux escarpements rocheux. «On dirait un homard séché au soleil», commenta Roger Peyrefitte, l'auteur de l'Exilé de Capri. «Fer à repasser», diraient aujourd'hui les habitants de l'île.
Enfin, la villa Lysis, incontestablement la plus célèbre et la plus belle de ce triptyque d'exception. Elle fut construite, en 1905, par le baron Jacques d'AdelswardFersen qui, après avoir purgé à Paris une peine de six mois d'emprisonnement pour une affaire de moeurs, était venu s'installer sur l'île. Edifiée stratégiquement à proximité de l'antique villa Jovis, elle présente une architecture néoclassique où alternent des colonnes doriques, du marbre, des mosaïques d'or et des carreaux de céramique blancs décorés de fleurs provenant de Vietri, non loin de Capri. C'est au milieu des meubles orientaux, des élégants canapés, des plantes exotiques et autour d'une gigantesque vasque creusée dans le sol, que le maître des lieux organisait des fêtes qui s'achevaient dans la chambre d'opium. On y croisait l'homme de lettres suisse Gilbert Clavel, auteur du Pays des Sirènes, l'écrivain britannique Norman Douglas... Le suicide entouré de mystère de Fersen il but une dose de cocaïne dissoute dans du champagne et sa volonté de laisser la villa tomber en ruine sans être jamais restaurée entretiennent la légende. Passant outre les desiderata de son ancien propriétaire, la municipalité de Capri a racheté et remis en état la villa Lysis pour y aménager un musée consacré à tous les artistes qui ont forgé le mythe de l'île.
Pour découvrir d'autres petits joyaux d'architecture parmi les mille demeures à l'allure excentrique typique de l'endroit, il suffit de s'aventurer le long des ruelles et des sentes qui sillonnent Capri. Il n'y a que l'embarras du choix. De l'ancienne villa Moneta, le long de l'antique via Tiberio, qui s'enorgueillit d'un des plus beaux jardins de l'île, jusqu'à la villa Caramella, au n° 41, construite à la fin des années 30 par le cinéaste Carlo Ludovico Bragaglia qui y accueillait ses amis Futuristes (Fortunato Depero, Marinetti et Prampolini...).
En suivant la via Pizzolungo, on rencontre quelquesunes des plus belles réalisations architecturales d'Erwin Cerio, édifiées dans ce style à nul autre pareil fait d'arcades et de colonnes blanchies à la chaux. On peut citer, entre autres, la casa Solitaria, située au n° 10, louée un temps au romancier britannique Compton Mackenzie et qui devint le quartier général des écrivains (Norman Douglas, Francis Brett Young...), la villa Monacone, au 9, résidence d'été, pendant une trentaine d'années, de la fille de l'écrivain allemand Thomas Mann, Monika. On citera encore des édifices à l'éclectisme orientalisant tels que la villa Discepoli, au n°1 de la via Tragara, rendezvous de l'aristocratie allemande le poète Rainer Maria Rilke y séjourna pendant près de six mois , la casa Rossa à Anacapri style mauresque et rouge pompéien qui abrite un musée consacré aux arts visuels. Enfin, la villa Le Scale, transformée par l'antiquaire Anna Maria Coronato en hôtel de charme après une restauration effectuée dans les règles de l'art: pièces de réception dallées de faïences de Vietri du début du XIXe siècle; revêtements des sols réalisés selon la technique traditionnelle du semis d'éclats de gypse dans toutes les chambres. Un cadre unique pour accueillir la plus prestigieuse collection privée d'art napolitain du XIXe siècle.
Ce «grand tour» serait incomplet sans une visite à la promenade de la Migliera, située au Belvedere d'Anacapri. On peut y admirer, au coucher du soleil, l'un des plus beaux points de vue de l'île et son architecture unique: le phare, le plus grand en Italie après celui du port de Gênes...

PARTITION MÉDITERRANÉENNE
Fiona Swarovsky est l'une des plus célèbres égéries de Capri. Sa demeure épelle le mot sophistication.
Cidessus, dans la chambre de la maîtresse de maison, le motif de la branche de corail est repris sur les rideaux et les bougies disposées sur la commode balinaise aux côtés de sacs à main perlés. Une toile anonyme de la fin du XlX siècle représente une demeure traditionnelle de l'île de Capri. En bas, sur la cheminée en pierre surmontée d'un miroir, Fiona Swarovski a disposé une partie de sa collection de verreries de Murano, des pièces datant des XVIIIe, XlXe et XXe siècles et signées Venini, Barovier & Toso ou Salviati. Fauteuil en forme de coquille doré à la feuille d'or d'Annibale Colombo. Page de gauche, le plateau en cristal de la table de la salle à manger repose sur un piétement en fer forgé. Les chaises longues du début du XXe siècle ont été achetées chez un antiquaire napolitain. Bougeoirs et lustre polychrome Venini.
ichée au creux des rochers qui surplombent la baie de Marina Piccola, la maison de Fiona Swarovski, l'héritière du cristallier autrichien, jouit d'un point de vue exceptionnel sur une mer bleu cobalt. Avec, en toile de fond, les mythiques récifs de corail qui ont rendu Capri célèbre dans le monde entier. La villa en pierre crépie de blanc est constituée d'un étage unique, recouvert d'un toit plat. Les nombreuses portes et fenêtres donnent directement sur le jardin. Les vastes pièces en voûte atteignant quatre mètres sous plafond communiquent entre elles par des ouvertures en arche. Un style de construction typiquement méditerranéen, très en vogue sur l'île dans les années 60. Pour le sol, Fiona Swarovski a choisi des carreaux dans des tonalités turquoise provenant de la manufacture voisine de Vietri, l'une des plus prestigieuses, réputée pour ses céramiques en terre cuite émaillée et décorées à la main. Aux murs, elle a fait appliquer un rose poudré à l'éponge selon une technique locale traditionnelle : le pigment coloré naturel est délayé puis tamponné sur la surface à traiter à l'aide d'une éponge. Le résultat ainsi obtenu présente des irrégularités qui confèrent à l'ensemble un aspect volontairement imparfait. Les plafonds sont restés blancs, à l'exception de celui de la salle à manger où une frise à motifs de croisillons rouge corail court tout autour de la pièce.
La décoration de la villa allie un savant mélange de pièces d'antiquaires, meubles en fer forgé de fabrication artisanale ou divans tendus de coton à larges motifs floraux. De précieuses pièces de verrerie anciennes de Murano et des objets en céramique locale viennent compléter le décor. Un seul et même espace réunit le séjour, la salle à manger et le coin home vidéo. Audessus de la grande table en fer forgé et cristal, entourée de chaises assorties garnies de coussins en coton couleur corail, un imposant lustre en verre multicolore signé Venini. De part et d'autre de l'arche, deux candélabres muraux scandent l'accès au salon. Des consoles en fer forgé à dessus de marbre de style baroque tardif y voisinent avec deux tables basses à piétements en pierre et plateau de cristal accueillant une collection de vases de Chine, et une paire de fauteuils en rotin viennois du début du XXe siècle qui témoigne des racines culturelles de la maîtresse de maison. Fiona Swarovski aime décorer ses maisons avec des éléments qui évoquent l'artisanat local. Dans sa chambre, c'est une branche de corail dont la broderie court sur les rideaux d'organza. Le motif est repris en impression sur le sommier et comme élément décoratif des bougies et des cristaux. Exposés sur la commode balinaise, quelquesuns des sacs à main perlés main qu'elle collectionne. Un style informel qui sert de fil conducteur jusque sur la terrasse ombragée de pins parasols centenaires et meublée de confortables divans en fer forgé recouverts de coussins dans un camaïeu et d'une élégante table en fer forgé également. L'éclectisme raffiné de la maîtresse de maison transparaît dans ses collections d'œuvres d'art et d'objets décoratifs: toiles du XIXe siècle d'école napolitaine, voire locale, pièces de verrerie vénitienne réalisées par des maîtres verriers de Murano aux XIe et XXe siècles... Et toujours des compositions florales d'orchidées et d'arums invariablement blanches et renouvelées presque quotidiennement.
Voilà déjà une dizaine d'années que Fiona Swarovski a choisi de venir goûter la sérénité des lieux dès qu'elle a un moment de liberté. En famille ou entourée d'amis intimes pour lesquels elle organise de nombreuses fêtes. A chacun de ses séjours, elle y retrouve la fidèle Angela qui veille tout au long de l'année sur la villa et ne manque jamais de lui préparer son plat favori, les fettuccine au citron, dans la grande tradition de l'île.

DESTINATION GOHTA
Célèbre dès les années 50, le Capri Palace & Spa situé à Anacapri, l'endroit le plus préservé de l'île, séduit toujours autant les stars. Les ingrédients d'un succès.

Depuis plus de deux cent cinquante ans, l'île de Capri constitue l'une des escales obligatoires du gotha international. Et l'un des «ingrédients» de ce succès tient sans doute à l'incomparable sens de l'hospitalité des Capriotes. C'est dans ce cadre que s'inscrit l'opération conduite par Tonino Cacace, propriétaire du Capri Palace Hôtel & Spa d'Anacapri. L'établissement, déjà célèbre dans les années 50, a subi il y a quelques années un lifting complet orchestré par Fabrizia Frezza. Un projet conjuguant le style méditerranéen à la tradition classique grécoromaine. Le propos de l'architecte d'intérieur italienne est empreint de simplicité parce que les lignes directrices s'inspirent de principes nettement définis Les matériaux marbre, pierre locale et crépi à la chaux de tons clairs s'intègrent harmonieusement les uns avec les autres Les voûtes qui se succèdent et les colonnes jalonnant les zones de passage réactualisent l'héritage grécoromain. Les loggias, terrasses et jardins sont aménagés selon des critères purement méditerranéens, avec des essences ornementales, comme l'oranger et le jasmin, plantées dans des pots de terre cuite ou des jarres décorées à la main. Et, partout, des éléments de mobilier en bois de wengé non traité notamment se mêlent à des pièces ethniques et des antiquités napolitaines mises en valeur par des tissus de fibres naturelles. L'agencement de coins propices à la détente contribuent, au même titre que la réception de hôtel théâtrale , à donner une touche résolument moderne, accentuée par des œuvres d'art contemporain disséminées dans tout l'hôtel. On retrouve ainsi les signatures d'Allen Jones, Luca Pignatelli, Mimmo Paladino, Fabrizio Plessi... Les chambres, qui portent les noms d'artistes célèbres, sont ornées de photos d'auteur. Les suites (Megaron, Warhol, Collas, Monroe, Acropolis, Andromède, Athéna) sont toutes luxueusement meublées avec salle de bains en marbre et, pour certaines, une vue spectaculaire sur le golfe de Naples et une piscine privée chauffée. Le restaurant l'Olivo, placé sous la houlette d'Oliver Glowig, est le seul sur l'île à avoir décroché une étoile au Guide Michelin! Il faut encore mentionner l'institut de beauté Capri Beauty Farm, placé à proximité de l'hôtel. Il s'agit en fait d'un véritable centre de remise en forme, extrêmement performant et sophistiqué et qui jouit d'une réputation européenne telle que d'autres établissements de luxe italiens ont décidé d'en réaliser la copie conforme. Reste la sublissime piscine, réalisée par l'artiste espagnol Velasco, tapissée de quelque quatrevingtdouze mille carreaux de mosaïque Bisazza et dont l'harmonie colorée est comme un avantgoût de la mer toute proche...